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La bière, bien avant le vin, a été pendant des siècles la boisson reine de l’Alsace. Découverte par les Danubiens, les premiers alsaciens, ayant franchi le Rhin 6000 ans avant Jésus-Christ, elle a abreuvé pendant des siècles des hordes d’envahisseurs venus de l’Est, avant qu’au Moyen-Age l’église ne s’y intéresse elle aussi. A Wissembourg, Saverne, Pfaffenhoffen, Hochfelden, les couvents et abbayes brassicoles fleurissent, signalés par l’étoile à six branches, symbole alchimique connu aussi sous le nom de " sceau de Salomon ".


Dès le XIIIè siècle, les laïcs prennent la relève des ecclésiastiques et le Sieur Arnold devient à Strasbourg le premier brasseur de métier... Après la Révolution, en 1789, on peut estimer que chaque village a sa brasserie; on en compte 280 dans le département du Bas-Rhin, dont 63 à Strasbourg même et 1774 pour le Haut-Rhin; ces deux départements formant respectivement le Nord et le Sud de l’Alsace.


Aujourd’hui, sept brasseries industrielles se partagent plus de la moitié du marché français : Kronenbourg, Fischer, Adelshoffen, Météor et Schutzenberger, toutes de tradition alsacienne, rejointes par deux brasseries venues d’ailleurs : Heineken et Karlsbrau-Saverne. A cela il faut rajouter la micro-brasserie O’Neil à Mulhouse.


De cette histoire plusieurs fois centenaire, il est resté quelques traces... Les bierstubs! Littéralement le mot veut dire " salon à bière " et regroupe les bars à bière et ces petits estaminets typiques qu’on ne trouve qu’en Alsace et où l’on mange une cuisine régionale, simple et rustique, que l’on accompagne... d’une bonne bière, il va sans dire!!


Ce midi, accompagné de mes deux fils, je suis allé prendre mon déjeuner au Cheval Blanc, une des quatre bierstubs de Schiltigheim. C’est dans cette ville, accolée au Nord de Strasbourg, que se trouvent quatre des brasseries citées plus haut. Mon choix ne doit rien au hasard ! J’avais promis une visite guidée à René et Marc, nos Brasseurs d’Idées !...

La maison est très ancienne, blanche avec ses colombages de bois... poutres apparentes sur la façade, qui s’enchevêtrent en un dessin harmonieux. Les volets verts se rabattent, comme autrefois, de chaque côté des fenêtres qui sont toutes garnies de géraniums. A peine le pas de porte franchi, on se sent chez soi! On dirait qu’il n’y a que des recoins dans cet intérieur tourmenté par les poutres qui s’enchevêtrent apparemment au hasard. Autour des tables, assis sur des bancs, les clients sont nombreux et bruyants. C’est la patronne qui nous trouve une petite place... sur la table, une nappe à carreaux rouges et blancs qui me rappelle ma grand-mère. A midi, comme de coutume, la clientèle est disparate : des ouvriers qui mangent le plat du jour, des amoureux qui se chuchotent des promesses au-dessus de leurs assiettes, un groupe de petites viellies alsaciennes qui parlent le dialecte en se marrant comme des gamines et des hommes d’affaire qui se nourrissent plus qu’ils ne mangent...

Il faut que je vous dise un mot de la carte, typique des bierstubs, avec ses petits plats alsaciens: salade mixte, presskopf, escargots à l’alsacienne, rognons à la crème, jambonneau à la bière et bien évidemment la traditionnelle, mais toujours bonne, choucroute!...

Tandis que mes garçons choisissent " n’importe quoi avec des frites " (!), je prends une tête de veau et je commande une bière... hollandaise! Une Legend de Amstel... je ne connaissais pas et j’avais envie de goûter! Bien m’en a pris, je l’ai trouvée excellente!... une blonde à la mousse compacte...Epaisse, pleine et longue en bouche. Un étonnant mélange d’amertume et de douceur presque suave qui nappait longtemps la langue et qui " fouillait " chaque recoin de la gencive.

Seul étonnement un peu négatif : Le Cheval Blanc s’est dénommé " beerstub " avec deux " e ", comme pour angliciser le bierstub alsacien... bizarre! Effet de mode, sans doute...

Je vais profiter de ces vacances pour découvrir un ou deux autres de ces estaminets que je vois d’habitude sans les regarder... si la chose vous tente, je vous ferai partager mes impressions... peut-être pour vous inciter à les découvrir vous même... un jour?!!

 

Avec mes amitiés et mes salutations houblonneuses,

 

Georges Gaines

Deuxième journée



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Page modifiée le 06-12-1998
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