404 bières à déguster, 2ième édition
Mario D'Eer, Alain Geoffroy (Ottawa, Ontario)
243 pages
Style: "Désinvolte"
Profil de saveurs: fade
Potentiel de vieillissement: Ne peut que s'améliorer.

Un livre juste pour faire un livre.  En panne d'inspiration pour son sujet, l'auteur frappe dans l'image de la bièrophilie en reproduisant paresseusement un livre parsemé de propos et "informations" insipides, où se côtoient sans distinction les plus minables intoxicants de saoulons et les plus grandes bières de ce monde. 

Une note parfaite de 0 pour le livre.  Mais une note finale de -1 à cause de l'effet négatif que la note 0 produit sur l'image de la bièrophilie.

Note: -1

Critique 101 sur un 404.

En parcourant 404 bières, on constate, avec désolation, un travail bâclé.  Un livre juste pour faire un livre.  Une « œuvre » qui par son manque de sérieux, ternit l’image globale de la bièrophilie.  Un travail où l’on sait à l’avance, l’auteur lui-même le confirmant, que les fiches de dégustations n’ont aucune pertinence et ne sont aucunement représentative de l’état des bières sur le marché puisque qu’il ne s’agit que de « Polaroïd » d’une bouteille de chaque marque.  Un genre de conclusion extrapolée à partir d’une seule bouteille choisie on ne sait comment, sur les quelques milliers ou millions de chacune des marques.  Les fiches de dégustation sont intimement reliées à l’histoire propre d’une unique bouteille de chaque marque.  Or, on ne connaît pas l’histoire de ces bouteilles.  On ne connaît pas le détaillant les ayant fournies.  On ne connaît pas les conditions d’entreposage.  On ne connaît pas les conditions de service.  On ne connaît pas comment et qui a fait la sélection (n’oublions pas que plusieurs bouteilles ont déjà passées la date de péremption.  Est-ce un choix volontaire ?).  On ne connaît pas l’ordre des dégustations.  À qui attribuer un éventuel défaut dans une bouteille ?  Au brasseur ?  Au livreur ?  Au détaillant ? À celui qui a fait la sélection de la bouteille à déguster ?  Au dégustateur ?  Nous n’en saurons rien.  Pourtant le même auteur n’hésite pas à tâtonner sur le même genre de détails quand c’est pour discuter du travail de tous les autres intervenants du monde brassicole.  Cependant, lorsqu’il s’agit d’un « ouvrage » de son propre cru, il semble moins s’en faire avec les détails.

Cette façon de procéder enlève tout potentiel d’intérêt dans le livre tout entier.  Il mène directement à l’aléatoire et parfois même à l’absurdité.  Prenons par exemple, la Vapeur Cochonne ou la 8ième Jour.  Elles se méritent chacune un maximum d’étoiles alors que tous les bièrophiles du Québec connaissent très bien le haut potentiel de problèmes dans ces deux bières en particulier.  À l’inverse, la Bass, La Leffe Blonde et la Maredsous, trois bières reconnues pour leur bonne stabilité se retrouvent avec des fiches négatives.  Est-ce que la Bass, la Leffe ou la Maredsous seraient moins bonnes cette année ?  Bien sûr que non !  Pour donner une image moindrement représentative et par le fait même valable, il faut un minimum de cas.  Établir des statistiques pertinentes !  En fait, statistiquement, le lecteur n’a vraisemblablement aucune chance de répéter ces mêmes expériences.  Car la vérité à partager avec les lecteurs de ce genre de livre, c’est que la Vapeur Cochonne est délicieuse lorsque vous avez la chance de tomber sur une bouteille sans problème (ou avec problème bénéfique).  Ou encore que n’importe quelle bière peut avoir exactement les mêmes problèmes que les bouteilles de Bass, Leffe ou Maredsous dégustées pour ce livre .  Les bouteilles voisines dans chacune des dégustations du livre auraient pu donner un résultat différent.  Se restreindre à la dégustation d’une seule bouteille, sans informer le lecteur du contexte, c’est créer de l’illusion et s’exposer à raconter n’importe quoi.

Chance et malchance.
Non mais le destin fait donc bien les choses.  Lorsque l’on connaît moindrement l’auteur, on remarque que ses amis ont eu la chance de retrouver une bonne bouteille critiquée dans le 404 alors que ceux qui ont eu maille à partir avec lui ont eu la malchance de retrouver une bouteille problématique pour la critique.  C’est ainsi que la Vapeur Cochonne, reconnue mondialement pour être une surprise totale à son ouverture, et représentée au Québec par Mme Carole D’Eer ( sœur de l’auteur), mérite un maximum d’étoiles !   Ça c’est de la chance !  Une autre bière parfois excellente, mais beaucoup plus souvent épouvantable se retrouve aussi avec un 4 étoiles.  Évidemment, cette bière est brassée par un ami de longue date…  L’omission de mentionner que plus souvent qu’autrement ces bières sont dégoûtantes pourrait-il être de la malhonnêteté intellectuelle ?  Ou plutôt une certaine nonchalance envers ses lecteurs ?  D’un autre côté, il est aussi intéressant de souligner que celui qui a osé critiqué l’auteur en public cette année voit sa bière perdre 3 étoiles dans cette nouvelle édition.  Mais c’est de la malchance évidemment.  Mais nous ne pourrons le savoir puisque nous ne connaissons rien de l’historique de chaque bouteille dégustée.

Une toute nouvelle expression… et sa surutilisation : le « post-goût ».
Les fiches de dégustations du 404 sont saupoudrées d'un nouveau terme: « post-goût ».  Mais qu’est-ce que le « post-goût » ?  C’est le goût qui est là quand le goût n’est plus là ?  Évidemment, c’est un goût plus après que l’arrière-goût !?!  Dans le dictionnaire (Petit Larousse) il est dit que « post » veut dire « après ».  Donc, le « post-goût » vient après le goût…  Quand ça ne goûte plus rien.  Le « post-goût » doit donc être cette absence de goût qui suit la présence de goût.  Donc à l’instant où vous lisez ces lignes, vous dégustez le « post-goût » de la bière que vous avez bu l’été dernier et toutes les autres avant et plusieurs après.   Une petite recherche sur Internet démontre heureusement que personne dans le monde, à part l'auteur du 404, n'utilise ce terme.

Une autre « nouveauté » :
Cette année, c’est l’année de la date de péremption.  Notre Don Quichotte de la bière a choisit le moulin Unibroue comme cible pour sa nouvelle bataille pour les dates de péremption.  Au point d’en faire une lettre au courrier du lecteur au journal La Presse.  C’est à se demander pourquoi avoir choisis LA brasserie au Québec où l’identification d’une date de péremption porte le moins à conséquence !?!  N’aurait-il pas été plus logique de s’attaquer au brasseur qui met sur le marché une bière dont l’handicap est de n’être bonne que le mois suivant son embouteillage !?!  Bien sûr que non.  Le brasseur en question est un ami…  À la page 13 (malchance !), l’auteur félicite même Molson pour avoir introduit la date de fabrication sur ses produits.  Pas besoin de penser longtemps pour comprendre que ces félicitations sont irréfléchies.  Quelqu’un devrait renseigner l’auteur sur les intentions réelles de la méga-brasserie lorsqu’elle a introduit ces dates.  Est-ce le département de la production qui a amené l’idée ou le département de marketing ? Le résultat est tout de même qu’il s’agit d’une impressionnante campagne de désinformation.  L’idée, que l’auteur félicite, n’a pourtant eu que des effets pervers.  Premièrement, pour Molson, les retours de marchandises ont tellement gonflé que l’idée de la date est maintenant enterrée à jamais.  Deuxièmement, la campagne de marketing a laissé l’impression générale solide que toute bière n’est bonne que 3 mois.

N’importe quoi, par un expert en bière :
On apprend que la McEwan’s Scotch Ale partage le même profil de saveur que la Milwaukee’s Best…  Eh ben !?!   Que la Labatt Porter gagne une demi étoile cette année !  Hum… Intéressant…  Malheureusement la Bud en perd autant alors que la Carling se maintient dans les mêmes notes que l’an passée…  Une nouvelle cette année; la Molson Dry en cannette !  On y apprend que c’est une « bière de texture ».  Une bière de texture !?!  Eh ben Gilles !?!  Amusez-vous.  Le livre est truffé de perles semblables.

Comme la moitié des bières « dégustées » ne sont que de modestes variations sur le même thème, il a donc fallu travailler fort pour faire des distinctions.  Pour bien comprendre, il faut savoir que l’auteur utilise à mauvais escient le mot « désinvolte » pour désigner une bière commerciale sans trop de personnalité.  Il aurait été naturel de croire que la Molson Dry serait identifiée comme étant de ce fameux style “désinvolte”.  En bien non !  Elle est d’un tout nouveau style : « Désinvolte Dry » !!!  (on a passé proche du style « Désinvolte désinvolte » !) La Bleue Dry, la Lakeport Dry et même la Molson Hi-Dry (pourtant sœur de la Molson Dry) restent par contre de simple « désinvolte »…  La Carlsberg brassée par Labatt.  Une « désinvolte » ?  Bien sûr que non !  C’est trop simple.  Comme Labatt doit payer des royautés à la brasserie danoise, ça en fait donc une « désinvolte européenne » !   Évidemment, la Moretti est du même style !  Même les Hue Beer du Vietnam, la Sapporo du Japon et la Maccabee d’Israël sont des « désinvoltes européennes » !  Maintenant, dans le style « désinvolte nord-américaine » que mettrions-nous ?  Une Bud ?  Une Coors ?  Une O’Keefe à la limite !?!  Eh bien non, seulement la Sleeman Steam correspond à ce style.  Des styles uniques :  Tourmente du style « à l’écorce d’orange », la Engel Bock du style « Bière d’alcool », la Tord-Vis (6%) du style « Forte à l’érable ».  La Titanic, elle, n’a aucun style…

Des fiches incomplètes :
Dans l’essence même du livre, on constate un travail incomplet.  D’après 404, seulement la Duvel possèderait une mousse.  On peut aussi compter sur les doigts d’une main les bières qui profitent de couleurs et tout simplement d’un aspect visuel.

On fait le plein de non-sens :

Succédanés; adjunct pour un livre
Plus de la moitié va à la dégustation de « désinvoltes »; du rembourrage.  A-t-on déjà vu Phaneuf, Orhon, Chapleau ou Chartier rédiger un livre sur le vin avec la moitié des dégustations accordées aux Harfang des Neiges, Demi-Litre du Marchand, l’Oiseau Bleu ???  Et de doubler les pages en parlant des versions « viniers » ???  Pourrait-on imaginer que ces spécialistes nous parlent du Baby Duck 2000 et nous en refasse une dégustation à chaque année !?!   Qu’ils nous parlent des différences de flaveurs entre les versions 750ml et 4 litres de vin Entre-Côtes ?  Pourquoi le ferait-on avec la Colt 45 ou la Corona Extra !?!  Pour que dans 10 ans, l’on puisse dire : Ah !  2001, c’était la meilleure année de la Bull Max !  …Non.  Lors de la première année (404 bières 1ière édition), il n’était que ridicule que de déguster chacune de ces « bières de marketing ».  Mais de refaire le coup à chaque année, avec les différents contenants de surcroît, c’est carrément prendre les lecteurs pour des arriérés.  Ces derniers n’en ont rien à cirer des Hi-Dry en canette ou en bouteille et les amateurs de Hi-Dry n’en ont rien à foutre des livres de critique de Hi-Dry.   La moitié du 404 n’est donc que du remplissage, comme le sirop de maïs l’est pour les bières de marketing.  L’idée de tout mettre ce que l’on désigne comme « bière» dans le même paquet produit un effet sur l’image globale de la bièrophilie qui est très néfaste.  On élimine la distinction entre bière de marketing et bière de dégustation en incluant tout dans la catégorie bière de dégustation.

Ce livre est à la littérature, ce que la Dry-Ice-Draught-Suprême est à la bièrophilie.   Il est à 50% formé de succédanés et 50% formé d’ingrédients économiques.  Son seul effet est d’engourdir le lecteur.  Conçu sur un coin de table, sans aucune rigueur intellectuelle,  ce livre n’est d’aucun intérêt.  Sinon pour souligner la mauvaise utilisation des fonds publics.  Des fonds que l’on paie tous pour qu’un éditeur imprime les carnets de note d’un expert paresseux qui ajoute 404 bières par année à son menu déjà bien garni.

Car pour votre information, 404 bières ne doit son existence qu’à la largesse des subventions qui sont accordées à l’éditeur.  Il semble dans ce cas, que l’éditeur obtienne de l’auteur un livre prêt à l’imprimerie, sans aucun effort et sans trop (ou pas du tout) de contrepartie pécuniaire.  Aucune mise en page, impression sur le papier le plus « cheap » et hop !  Une édition dont les bénéfices viendront principalement des subventions accordées par le PADIÉ (Programme d’aide au développement de l’industrie de l’Édition, du gouvernement du Canada), le Conseil des arts du Canada, la SODEC et le Programme de crédit d’Impôt pour l’édition de livres.  En bref, ces subventions sont accordées aux éditeurs qui éditent des livres qui ne se vendront pas.  Sans cette assistance sociale, aurait-on un 404 par année ?

Dans un sens, c’est nous, par nos impôts, qui payons pour que s’imprime ce genre de livre.  Ne sommes nous pas en droit d’exiger un travail mieux fait ?  Ne sommes-nous pas en droit de demander un peu de recherche, un peu de synthèse, un peu de statistique pour appuyer, entre autres, les résultats navrants accordés à certaines bières « malchanceuses » ?  Est-ce que les lecteurs de ce livre sont minables au point de mériter autant de nonchalance ?

Conclusion:
Si l’on veut que l’on accorde ses lettres de noblesse à la bièrophilie, si l’on veut que les bièrophiles ne soient plus considérés comme des amateurs d’alcool économique, si l’on veut que les bières de spécialité soient reconnues comme étant d’une autre famille que les « bières de marketing », il faut que les bièrophiles eux-mêmes, à commencer par les « experts », s’appliquent à créer une autre image pour la vraie bière, qu’ils tracent les limites du comparable et que les publications du genre 404 bières rehaussent leurs standards.  Ce n’est pas en accordant 3 étoiles à une Heineken et 3 ½ à une Chimay Bleue que l’on créera une distinction valable pour l’amateur en devenir. 

À ce titre, la publication des 404 bières dans sa forme actuelle est en fait un boulet aux pieds de la bièrophilie.  Faire des livres juste pour faire des livres n’est d’aucun intérêt si c’est pour faire un 404 similaire à chaque année.  Avec de l’effort, du travail et plus de sérieux, il serait pourtant possible d’en faire une idée constructive.  Avec plus de rigueur, une édition « sérieuse » une fois aux 5 ou 10 ans serait certainement plus digne d’intérêt.  Et il y a fort à parier que les intéressés seront même prêts à payer plus cher !

 



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Page modifiée le 26-02-2002
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